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mardi 22 août 2017

La soeur de Rosie


Ce matin, notre promenade nous a amenées à rencontrer la soeur de Rosie. Comme elle libre comme l'air, elles ont eu de la chance, un autre a été mis à la chaîne. Les deux commères ont joué comme des folles. Elles sont identiques, Rosie est peut-être un peu plus grande. Un gros chien s'est joint aux réjouissances, un chien du coin, avec un collier, il avait envie de jouer, mais les deux chipies s'entendaient trop bien pour y faire tellement attention.
En passant j'ai vu une rare merveille: des coquelicots en lisière d'un jardin. Jamais rencontré de coquelicots dans ma contrée nordique. Il m'est aussitôt revenu les champs méridionaux jaunes et vibrants de lumière.  Ils ne pousseraient pas dans mon marécage et y seraient incongrus..
Au marché, plusieurs bonnes femmes m'ont demandé où j'étais passée. J'ai acheté des fleurs, flox violet, astilbe bleue, et deux spirées.Un seau des dernières myrtilles, dont je n'aurai pas profité, et c'est mon fruit préféré, avec les framboises et les cerises.





lundi 21 août 2017

Une autre tranche de 3 mois?

Retour à Pereslavl. La dame qui devait vivre avec mes animaux chez moi ne l'a pas fait, mais elle a quand même fini par récupérer Rosie, pour épargner les chats, et mes affaires, qu'elle détruisait pour s'occuper. Les pauvres chats étaient complètement traumatisés par mon absence et les courses-poursuites de Rosie. Olga, la dresseuse de chiens, venue voir ce qui se passait chez moi, m'a dit qu'elle avait vu Georgette pleurer, et je ne le croyais pas, mais les animaux pleurent, quand ils sont dans une grande détresse. Georgette ne supporte pas la vue de ma valise, quand je pars, je suis obligée de la faire en cachette.
Grande joie des chats, Rosie m'a semblé moins traumatisée qu'eux. Elle a couché dans son panier, dans la petite entrée où je garde les outils de jardin, et cela n'a pas l'air de lui poser de problèmes. Un répit pour mes chats qui étaient tous sur mon lit, collés à moi et ronronnants.
Ce matin, j'ai emmené Rosie se promener. Il fait très chaud, mais d'après les prévisions météo, pas pour longtemps. Très chaud, mais sans moustiques. Les moustiques, il n'y en a pas au mois d'août. Les chemins sont bordés de fleurs, en juillet, il faisait si froid qu'il n'y en avait pas beaucoup. En Russie, on se baigne jusqu'à la saint Elie, début août. Mais cette année, c'est plutôt à partir de la saint Elie que la chose est devenue possible.
Il me faut toujours un moment pour retrouver mes marques, et la solitude. C'est pourquoi ces voyages fréquents me perturbent autant que mes animaux. Encore une tranche de trois mois à l'horizon, j'espère la dernière avant de pouvoir choisir le moment et la durée de mes absences...








lundi 14 août 2017

Pèlerinage sur les tombes: Stoliaroff et Skliaroff

Ce n'est pas la Toussaint, mais l'anniversaire de maman, et n'étant pas sûre de revenir au mois de novembre (bien qu'il y ait des chances), je suis montée à Annonay, faire un tour au cimetière et voir mes cousins qui gardent pieusement nos tombes, les leurs, les nôtres, celles que nous avons en commun.
Petite, j'allais sur celle de mon père avec maman, cette pierre tombale faisait une grande ombre sur mon enfance. Je me retrouvais devant elle une fois par an, avec un pot de chrysanthèmes: elle était bien fermée, une porte qui ne s'ouvrirait jamais plus, et mon père, le beau jeune homme des photos de famille, y était couché pour toujours.
Quand maman est morte, j'ai essayé de faire transférer mon père auprès d'elle, car le caveau où il repose était un endroit provisoire, on ne savait pas où le mettre, dans l'urgence, on l'avait déposé là, avec des gens qui lui étaient étrangers, des cousins de ma grand-mère. Mais il n'était plus possible d'identifier les siens dans le chaos d'ossements qu'avaient trouvé là les pompes funèbres. Et donc, me voici à nouveau devant cette pierre grise, où le jeune homme est resté seul, tandis que sa femme gît plus haut, avec mon grand-père, ma grand-mère, ma tante Jackie et ma tante Baby, toutes des personnes qui ont tellement compté pour moi, et qu'on a rangé là, jusqu'au Jugement Dernier, dans leur boîte bien étanche et parfaitement muette.
Chaque fois que je vais voir Henry et Mano, nos conversations portent sur ces gens qui emplissaient leur vie, et la mienne. Henry me raconte que Jackie, à 18 ans, lui avait donné le conseil de faire rire les filles, pour les séduire. Il était très ami avec mon père, ils avaient fondé le club des laveuses où l'on s'amusait des ragots locaux entre copains. Mano évoque sa maladie, sa mort, sa détresse de laisser seules sa jeune femme et sa petite fille. J'ai 65  ans, et je pleure encore de compassion à cette pensée, et je reste devant la tombe: "papa, tu m'as manqué..."
Quand je m'y rendais avec maman, je n'avais qu'une peur, c'était de la voir disparaître à son tour derrière la porte de pierre, eh bien voilà, c'est fait...
Sur le chemin de nos tombes familiales, voici à nouveau celle où reposent ces deux Russes, et cette fois, je fais des photos.
C'est la famille Chenet, que ma cousine Dany ne semble pas connaître, dans cette famille Chenet, deux Russes qui n'étaient pas parents. Marcelle Chenet, morte en 1931, avait épousé un certain Stoliaroff, qui ne semble pas reposer avec elle, et sa soeur Germaine avait épousé Ivan Skliaroff, qui est mort en 70 et que j'aurais pu connaître, il est enterré avec les Chenet. 
Cela fait quatre ans que j'ai repéré cette tombe et que je me pose des questions sur le destin de ces deux soeurs annonéennes et de leurs époux russes qui ne sont, eux, pas apparentés. Deux amis? L'un s'est marié avec Marcelle et du coup l'autre a épousé Germaine? Mais le plus étonnant, c'est qu'une plaque est apparue, cette année, qui n'y était pas auparavant, en l'honneur de Basile (Vassili) Stoliaroff 1895 1947. D'où sort-elle? Stoliaroff n'est pas parmi les occupants du tombeau, en tous cas, il n'est pas sur la liste. Est-il retourné mourir en Russie? Qui est venu déposer pieusement cette plaque en souvenir? Comment les époux des filles Chenet sont-ils arrivés à Annonay? Rien de plus éloigné de la mentalité russe que la mentalité annonéenne... Annonay, c'est Balzac!
Germaine est morte 3 ans après son mari Ivan, en 1973.
Ma cousine Dany m'a donné un paquet de vieilles photos. Le mariage de mes grands-parents. Parmi toute l'imposante tribu de gens qui posent et me sont sans doute tous plus ou moins apparentés, je n'en reconnais que quatre ou cinq. 
Dany a passé sa vie à se sacrifier pour les uns et pour les autres. Et voilà que je découvre les merveilleuses photos d'art qu'elle accumule dans son ordinateur: paysages, nuages, animaux... quel regard sensible et contemplatif posé sur toute la beauté de la vie... Je la supplie de les regrouper dans un blog, et de les montrer. Quelle âme...










lundi 7 août 2017

La blanquette, le Christ cosmique et le canard.



Le pic de Burgarach
Henri Barthas est un homme que j'ai connu par Facebook, et qui habite Limoux, "le pays des fous", de la blanquette, du canard et du Christ cosmique. A Limoux, on boit de la blanquette, inventée par Dom Pérignon, le père du champagne. "C'était une ébauche, la blanquette?
- Mais non, malheureuse, c'était son premier chef d'oeuvre!"
Le pays se caractérise m'a-t-il expliqué, par ses nombreux chasseurs anticléricaux et socialistes, l'amour de la population pour la fricassée, la viande et le canard, sans lesquels un repas ne saurait porter ce nom. Et par un maire qui a défrayé la chronique...
Henri m’a emmenée visiter un peu la région qui est magnifique et préservée, encore plus que le Gard. Les villages sont restés comme dans les années 50. Sauf que naturellement, on a commencé à y répartir des migrants. 
Le paysage a quelque chose de sauvage et de magique. On n’est pas loin de la mer, les pins parasols et les cyprès poussent à travers les collines accidentées, rocheuses, mais on n’est pas loin de la montagne non plus, et l'on y voit des pins sylvestres. Les essences méridionales prennent plus de développement que de notre côté, et forment des forêts hautes et profondes, mystérieuses. Je suis descendue avec lui jusqu’à une rivière salée et son pont romain, par un sentier à travers des bois ténébreux. Nous nous étions arrêtés près du pic de Burgarach, une montagne à la forme étrange et impressionnante qui a une réputation magique ou paranormale, piste d’atterrissage pour les OVNI ou autres légendes sensationnelles. Dans le coin habite le « Christ cosmique », un bonhomme qui se présente ainsi, « je suis le Christ cosmique, le grand monarque, le Messie », et que nous avons croisé deux fois, en short et chemise baba cool, les cheveux hirsutes autour d’une figure parfaitement ordinaire, qu'on ne croirait pas sortie, les apparences sont trompeuses, de l'usine à surhommes d'Aldébaran...
Henri m’a emmenée au monastère orthodoxe de Cantauques qui a conquis mon cœur. Le lieu est à la fois paisible, lumineux et désert, avec un cèdre et un cyprès majestueux. L’église simple et belle, les chants liturgiques dépouillés et harmonieux, une spiritualité palpable en toutes choses, et puis quels moines… Le père Samuel, affable et chaleureux, le père Syméon, si délicieusement malicieux et plein d’humour, le magnifique père Moïse, si beau, si noble, avec une barbe digne du nom qu’il porte, un visage de roi légendaire. J’écoutais l’épître de Pierre qui témoignait de la Transfiguration : un témoignage direct attesté par une vie de proscrit et une mort de martyr. Comment en douter ? Le Christ de la fresque, derrière l’autel, semblait me dire : « Tu vois ? »
Nous avons pris un petit verre du quina du père Syméon, dans le cloître fleuri où tout le monde se retrouve après la liturgie, dans l’odeur des lavandes.
En fin d’après-midi, nous avons visité le village de Rennes le Château, dont le curé, au début du XX° siècle, avait embelli l’église dans un style plus naïf que sulpicien, à mes yeux infiniment préférable aux squelettes d’églises hantées par quelques affiches avec des slogans religieux ou par des photos, qui ont suivi Vatican II. Personne ne sachant comment le curé avait trouvé les fonds, plein de gens soupçonnent qu’il ait pu découvrir le trésor des templiers. Cette église, le petit jardin attenant, le presbytère et sa véranda colorée m’évoquaient fortement la France disparue que je voyais à Annonay dans mon enfance. Hélas, deux choses me ramenaient au temps présent : l’omniprésence des touristes et surtout les déprédations apportées par une « déséquilibrée » au chef-d’œuvre de l’abbé : le diable écrasé sous le bénitier a perdu sa tête, et aussi Marie-Madeleine, sur l’autel.
Les paysages des Corbières sont gâchés par des éoliennes « écologiques » gigantesques en grand nombre. Il conviendrait naturellement de promouvoir à grande échelle la production d’énergie autonome individuelle, chacun sa petite éolienne, ses panneaux solaires, sa maison construite dans cette perspective, et le paysage n’en serait pas gâché, mais l’énergie et ses profits ne seraient plus un monopole. A ce problème, beaucoup de gens du pays ont la réponse: "Faren tout pétar"...
En traversant ces villages, ces forêts si belles dans leur variété, ces étendues sauvages, pleines de rochers grandioses sous les nuages orageux, de ruines médiévales perchées, je sentais mon lien atavique avec tout cela, en dépit de celui que j’ai avec la Russie, et j’éprouvais une souffrance profonde à l’idée que nous étions en train de perdre notre pays...
Henri est un produit local, né ici, de parents eux-mêmes originaires du coin, il a le physique du lieu, les expressions et l’humour du sud ouest. Il est le résultat de générations de Français des Corbières. C’est ce que veut détruire la caste au pouvoir, pour créer artificiellement une société de métis déracinés qui n’aura plus aucun lien avec ces paysages, ces maisons, ces églises et ces châteaux.
Avec Henri, j’ai des discussions que je n’ai pas avec beaucoup de Français, mais c’est que beaucoup de Français ne l’ont déjà plus, ce lien, cinquante ans d’américanisation médiatique ont fait leur œuvre, et aussi la destruction programmée de la paysannerie et la démission de l’Eglise catholique, sa compromission avec la modernité.
Henri, sa femme et moi, nous nous sommes entendus comme larrons en foire, et nous avons beaucoup ri. J’espère qu’ils viendront me voir en Russie, ces vrais Français comme on n’en fait plus.
Henri m’a raconté, ce que j’ignorais, que la liturgie gallicane avait beaucoup plus de points communs avec la liturgie byzantine, elle comportait notamment le trisagion, mais elle avait développé sa forme originale, à partir des successeurs de saint Irénée de Lyon. Elle a été extirpée par Rome, après bien des résistances locales. De sorte qu’Henri et moi-même retrouvons dans la liturgie orthodoxe quelque chose qui nous enracine aussi dans cette lointaine France pré-schismatique avec laquelle le lien est quasiment perdu.

Henri sur le pont romain
La rivière salée (la Sals)



Type anthropologique de Français du sud-ouest (orthodoxe)

Henri, Patou et le chat Ouinou
Dans l'église de Rennes le Château





Tour en dessous du village
Au monastère de saint Martin et de la Mère de Dieu à Cantauques